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Notre propre site, enfin sans dépendre de personne

Depuis 2008, chaque version du site de TRACTR a dépendu du temps libre d'un développeur de l'équipe. Le nouveau tractr.net est le premier que nous avons construit nous-mêmes, Olivier et moi. Les outils d'IA ont rendu ça possible, mais ce qui a fait la différence s'est joué avant d'écrire la première ligne de code.

Guillaume Commagnac, Directeur Associé · France6 min de lecture

La page d’accueil actuelle de tractr.net affichée sur un ordinateur portable
Dans cet article

Les cordonniers les plus mal chaussés

TRACTR conçoit des applications et des plateformes pour ses clients depuis 2008. Notre propre site, lui, a toujours été un projet à part. On en a eu cinq versions, toutes codées en interne, et toutes avec le même défaut : elles passaient après les projets clients.

  • 2010, « tractr, communication web design » : fond sombre texturé et tracteur crème, l'agence web de Montréal présente ses dernières réalisations.

  • 2014, « Culture web » : fond blanc et grille de projets en photo, dont Desjardins.

  • 2018, « Web + Mobile + Chatbots » : fond bleu quadrillé et nouveau logo, le pari des chatbots.

  • 2021, « Web + Mobile + IA » : même fond bleu quadrillé, l'IA remplace les chatbots dans le titre.

  • 2024, « Transformez vos idées en réalité » : notre premier site sur Webflow, avec ses illustrations isométriques (capture de 2025).

  • 2026, « Votre partenaire IA & tech » : le site actuel, en direction artistique Blueprint, bleu et grille discrète.

2010, « tractr, communication web design » : fond sombre texturé et tracteur crème, l'agence web de Montréal présente ses dernières réalisations.
2010, « tractr, communication web design » : fond sombre texturé et tracteur crème, l'agence web de Montréal présente ses dernières réalisations. 1 / 6

Ce n'était la faute de personne. Les développeuses et les développeurs de l'équipe étaient pris par les livraisons, et c'est normal : ce sont nos clients qui nous font vivre. Mais ça donnait des points d'équipe où l'on finissait par poser la question qui gêne : est-ce que quelqu'un peut prendre une heure pour le site cette semaine ? La réponse était souvent non, et le site attendait.

Webflow, une première autonomie

Au printemps 2024, on a basculé sur Webflow. Le site est passé en production à la rentrée, et pour la première fois, j'ai pu avancer seul sur une partie du travail. Une fois les composants créés, je pouvais écrire du contenu, tester une nouvelle page, ajuster un texte, sans demander à personne.

Il restait une frontière. Un comportement de la barre de navigation qui ne tombait pas juste, un affichage mobile qui se décalait sur un petit écran : dès qu'il fallait toucher à la structure, on retombait dans la file d'attente des développeurs. J'avais la main sur le contenu, pas sur la maison.

Le déclic : un site qui ne nous ressemblait plus

Ce site Webflow avait été pensé pour les startups. Vocabulaire du numérique, parcours en MVP, références à la levée de fonds : il parlait à des fondatrices et à des fondateurs de startups, et il le faisait bien.

Sauf qu'entre-temps, notre clientèle avait changé. On travaillait de plus en plus avec des PME et des entreprises traditionnelles, des dirigeantes et des dirigeants qui ne parlent pas ce langage et n'ont aucune raison de l'apprendre. Quand l'une d'elles arrivait sur notre site, elle ne s'y retrouvait pas. Notre vitrine racontait une entreprise qui n'était plus tout à fait la nôtre.

C'est ce décalage qui a tout déclenché.

Le travail que personne ne voit

On pourrait raconter la suite en une phrase : on a ouvert un assistant IA, on a décrit ce qu'on voulait, et le site est sorti. Ce serait faux, et ce serait passer à côté de ce qui compte.

Avant le code, il y a eu un vrai travail de fond sur l'entreprise. Qui sommes-nous devenus ? À qui parle-t-on, et avec quels mots ? On a passé une vingtaine d'acteurs comparables au crible pour situer TRACTR, arbitré une nouvelle baseline, décidé quels publics le site devait accueillir et dans quel ordre, écrit les contenus, dessiné l'architecture des pages.

C'est le métier d'architecte qu'on applique à nos clients : avant de construire une maison, on étudie le terrain, on fait l'étude des sols, on réfléchit aux matériaux. Ce travail-là ne se voit pas sur le site final, mais c'est lui qui a donné aux outils d'IA un contexte précis. Un outil de génération de code comme Claude Code ou Codex, quand il sait exactement ce qu'il doit construire, pour qui et pourquoi, produit un résultat qu'on peut garder. Sans ce contexte, il produit un site générique de plus. Le dernier State of Product d'Atlassian, mené auprès de 1 000 professionnels du produit dont 150 en France, mesure ce travers à sa façon : 82 % d'entre eux voient régulièrement passer du travail produit à la va-vite avec l'IA, que d'autres doivent ensuite reprendre.

Pendant la construction, deux gestes ont compté plus que les autres. Cadrer, d'abord : donner à l'agent ses instructions, les conventions du projet, ce qu'il a le droit de faire seul, puis relire le plan qu'il propose avant de le laisser travailler. Juger ce qu'il produit, ensuite : la page qui a l'air juste mais dit autre chose que ce qu'on voulait, le correctif mobile qui casse un autre écran. L'observatoire de TPC sur la maîtrise de l'IA en recrutement range justement ces deux gestes parmi les cinq compétences qu'il évalue chez les candidats. C'est là que se loge le savoir-faire.

Plusieurs mains, et deux essais

Le chemin n'a pas été tout droit. J'ai d'abord tenté de refaire l'existant avec un CMS, Payload, au début de l'année. Puis l'été dernier, j'ai posé une première base en Next.js : les pages, les contenus, la version anglaise. Elle a servi à valider la structure et le discours.

Olivier est ensuite venu apporter une tout autre dimension. Il a repris le site à partir d'une nouvelle page d'accueil et d'une nouvelle direction artistique, que nous appelons Blueprint. Notre site précédent assumait un style néo-brutaliste, très marqué. Blueprint revient à quelque chose de plus posé : un bleu, une grille discrète, des illustrations au trait. Un clin d'œil au passage : en 2018, notre site affichait déjà un fond bleu quadrillé, avec en titre « Web + Mobile + Chatbots ». On misait alors sur les chatbots. Huit ans plus tard, ChatGPT, Claude, Mistral et consorts leur ont donné une ampleur que personne n'imaginait, nous compris.

Il a fallu du temps pour se décider. Une fois la direction tranchée, tout est allé très vite, à force d'itérations sur le code, de relectures et d'un crash test complet avant la mise en ligne du 23 octobre.

Ce que ça change pour nous

Le site est bilingue, et la gestion des deux langues est bien plus propre qu'avant. Les pages de cas clients se créent facilement, avec une structure commune qui met en avant ce que nous avons livré et ce que nos clients en ont fait.

Surtout, je peux publier sans dépendre de personne. J'avais déjà goûté à ce confort sur Webflow, pour le contenu. La différence, c'est qu'il s'agit cette fois de vrai code, que nous maîtrisons de bout en bout, et que plus aucune modification n'attend qu'un développeur se libère.

Ce que ça change pour vous

Si vous dirigez une entreprise et que vous repoussez la refonte de votre site, ou d'un outil interne, parce que vous n'avez pas d'équipe technique disponible, la barrière est plus basse qu'il y a deux ans. Avec les outils de génération par IA, une première maquette ou un premier prototype est à votre portée. Il ne faut pas s'interdire d'essayer.

Ce que notre propre expérience montre, c'est que le prototype n'est qu'une étape. Le positionnement, les contenus, l'architecture, puis la mise en œuvre propre, avec des fonctionnalités particulières, un formulaire sécurisé, un site rapide et bien référencé : c'est là qu'un accompagnement fait gagner du temps et évite les impasses. C'est aussi ce que nous faisons désormais pour d'autres, avec la même méthode que pour nous-mêmes.

Et vous, quel projet attend encore que quelqu'un ait le temps de s'en occuper ?

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